Tribune libre à: Evelyn’ TARDEL*, point de vue d’une guadeloupéenne en Béarn.
Par mlignierescassou • 5 mar 2009 • Categorie: Les tribunes libres.Lors de mon dernier voyage en novembre 2008 sur l’Ile aux Belles Eaux pour y rejoindre ma petite famille, j’ai pu constater à quel point les produits de première nécessité (huile, farine, pain, savon, couches pour bébé) avaient « flambés ». Sans compter les prix du carburant ! La vie ultramarine n’est pas si « cool ». Elle devient de plus en plus chère ! Le mécontentement était perceptible, déjà, il y a quelques mois. Et quand on connaît un peu la société antillaise, il y a des signes qui ne trompent pas.
Je ne suis donc pas surprise de l’explosion sociale survenue le 20 janvier. Les revendications mises en avant par le LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyon) me paraissent justifiées, même si elles sont énoncées de manière brutale, derrière des slogans où perce parfois un certain « racialisme » anti-blanc et une pseudo idéologie victimaire, que le président du Conseil Régional (PS) Victorin Lurel a lui-même stigmatisés.
Cependant, est-il normal qu’une minorité de familles (1% de la population) se soit appropriée à elle seule et quasiment sans contrôle, 40% de l’économie locale ? Qu’une société (Sara-Total) détienne le monopole de la distribution de carburant ? Qu’un monopole de fait s’exerce sur la grande distribution, le commerce automobile, etc ?
Ce n’est pas verser dans la démagogie anti hexagonale que d’adopter en la circonstance une stratégie dure, comme le fait le LKP.
Comment être entendu à 8000 kms quand un ministre met douze jours à venir sur place et que le chef de l’Etat attend un mois pour s’adresser à ses « compatriotes d’outre- mer»?
Là-bas, en Guadeloupe, les blocages, les barrages sont durement ressentis, c’est vrai, par un tissu économique déjà fragile .Les « métros » font leurs bagages, le tourisme s’effondre, des petites entreprises ferment, les grandes surfaces menacent de licencier. Et je ne parle pas des écoles, fermées depuis un mois ! C’est douloureux, mais à qui la faute ?
J’ai eu très peur, je l’avoue, quand j’ai appris qu’un syndicaliste s’était fait tuer . J’ai pensé au pire .Comme la balle ne venait pas des gendarmes, la tension est retombée, mais sur un tel chaudron tout peut arriver !
Tout le monde, à commencer par ma petite famille, attend une sortie de crise honorable, qui aille plus loin que la revalorisation des bas salaires. Il est primordial que les gens ne se sentent plus abandonnés, voire méprisés par l’Etat et qu’un vrai dialogue s’engage sur le statut futur des DOM…
En attendant, il faut que l’Etat et le gouvernement s’engagent à :
-réguler les abus de position dominante,
-contrôler les marges suspectes et les profits indus,
- empêcher les atteintes au Droit du Travail,
- endiguer la fuite des entrepreneurs.
C’est le bon sens qui commande. Le bons sens et la simple humanité. Faites vite ! Les cocotiers ont le blues !
On se débrouille comme on peut grâce à la solidarité insulaire. On se découvre des voisins sympas. Mais ça ne peut pas durer éternellement !
Quelques euros dans l’escarcelle et « tout moun ké gyé kon souris an farin sèk ! » **
* Née en 1947 à Pointe à Pitre, aujourd’hui retraitée de l’Education Nationale. A Pau depuis 35 ans …
** »tout le monde sera heureux comme une souris dans la farine sèche »
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